MIRANDA AYIM: LEADING WITH PURPOSE | Canada Basketball

MIRANDA AYIM : MENER EN AYANT UN BUT

Par : Holly MacKenzie

Alors que le monde s’arrêtait mi-mars, que les routines ont été interrompues, que les plans ont été annulés indéfiniment avec beaucoup de points d’interrogation, Miranda Ayim s’adaptait, se préparait et apprenait à vivre avec cette incertitude.

Alors qu’elle était au Canada pour ce qui a été sa plus longue pause depuis des années à cause de la pandémie de COVID-19, la joueuse de 32 ans a choisi d’accepter toutes ces inconnues et de continuer à suivre son plan de carrière après avoir passé sa sixième année en tant que joueuse pro en France. “Mon corps m’a remercié pour ça,” a dit Ayim. "Ma famille était plutôt contente d’avoir pu passer du temps avec moi. Ils n’ont pas l’habitude de me voir autant.”

Pendant la période de confinement d’Ayim due à la pandémie, la joueuse a consacré du temps à parler avec des jeunes athlètes dans des panels en ligne et des appels Zoom. Un de ces panels était intitulé "Empowering Women to Lead", et a été organisé par Canada Basketball, la Ville d’Edmonton et Alberta Basketball, dans lequel elle a parlé de son parcours et de tout ce qu’elle a appris jusqu’ici. S’adressant à de jeunes athlètes qui peuvent se sentir en difficulté et inquiets pendant cette période de transition, Ayim a parlé de l’importance d’accepter le caractère étrange de notre réalité actuelle, tout en concentrant ses pensées sur le processus au lieu du résultat final dans une période où les calendriers ont été étendus et même parfois complètement abandonnés.

“C’était vraiment un très bon panel à faire,” a dit Ayim. “C’était incroyable [de parler avec ces athlètes]. J’ai fait pas mal d’appels Zoom comme celui-là, surtout avec des équipes différentes ou des athlètes individuels ou de groupes de leadership ainsi que des équipes.”

Présente dans l’Équipe du Canada depuis 15 ans, Ayim a beaucoup de conseils à donner mais c’est sur son approche sur la manière dont elle arrive à trouver le succès et un sentiment d’accomplissement en dehors du terrain qui attirent l’attention de celles et ceux qui cherchent des conseils sur la meilleure manière de naviguer ces temps incertains. “C’est toujours drôle de faire ce genre de choses,” a dit Ayim sur le fait de participer à ces panels en ligne. "Parce qu’on regarde des cases sur Zoom. On ne peut pas tout voir, on ne peut pas voir l’audience et on se dit, ‘Bon, en espérant que ça captive tout le monde,’ parce que tu ne peux pas lire la pièce.”

Ayim ne devrait pas s’inquiéter ; son message et son énergie se transmettent très bien à travers l’écran d’ordinateur malgré la distance. Au sein de l’Équipe Nationale Senior Féminine du Canada, Ayim est passée de recrue à vet, et a écouté, appris pour finalement avoir un rôle de leader en tant que capitaine de l’équipe. 

“Je ne dirais pas que je suis née avec des compétences de leadership,” a-t-elle dit. "C’est une compétence que j’ai travaillée au fil des années. Pendant mon temps à Canada Basketball, mon rôle a changé, comme tout autre athlète. J’aime beaucoup ce rôle de leader, et faire comme tous les leaders avant moi avec qui j’ai pu jouer et disposer du soutien de mes coéquipières. Pouvoir aider l’équipe de cette façon m’a ouvert les yeux et ça compte beaucoup pour moi.”

Lisa Thomaidis, entraîneure principale de l’Équipe Nationale Senior Féminine, n’est pas tout à fait d’accord avec la caractérisation pleine d’humilité d’Ayim de son propre sens du leadership comme compétence acquise. “Je pense qu’il y a beaucoup de choses qui sont naturelles pour elle,” a dit Thomaidis. "Elle a un comportement très calme. Elle est tellement intelligente. Elle est très attentive. Elle ne fait pas que laisser échapper des propos, elle a un vrai processus de réflexion et plus elle passe du temps avec l’équipe, plus son rôle sur le terrain est important, ce qui se traduit également par un rôle de leader plus important. Elle va bientôt en être à ses troisièmes Jeux olympiques. Elle a eu tellement d’expériences dont elle peut se servir. Elle a beaucoup à apporter et elle a continué de progresser, surtout lors de ces cinq ou six dernières années.”

Après la qualification de l’Équipe Nationale Senior Féminine aux Jeux olympiques de Tokyo en février dernier lors du Tournoi Féminin FIBA de Qualification Olympique en Belgique, lors duquel l’équipe est restée invaincue, Ayim n’a pas pu s’empêcher de comparer le sentiment éprouvé par cette qualification pour ses troisièmes Jeux olympiques à ses premiers, à savoir les Jeux olympiques de Londres en 2012. Le fait que tout le monde s’attendait non seulement à cette qualification mais aussi à une potentielle médaille montre à quel point Ayim et le programme tout entier ont progressé depuis 2012.

“C’est incroyable,” a dit Ayim. “C’est cool d’être dans cette position où on attend de toi que tu réalises quelque chose. Il y a plus de pression pour réussir, c’est sûr, mais c’est aussi quelque chose à savourer. C’est intéressant de juxtaposer les deux ou les trois [différentes périodes de qualification].”

Quand elle pense à ses moments préférés avec Équipe Canada, Ayim n’hésite pas à mentionner le moment où l’équipe s’est qualifiée pour les Jeux olympiques de Londres.

“J’ai même eu des larmes de joie après la fin du match, et vous pouvez demander à mes coéquipières, je ne pleure jamais,” a-t-elle dit. “Je ne pleure jamais de joie. Je crois que c’est probablement la seule fois dans ma vie. Je n’ai pas eu d’autres expériences comme celle-ci dans ma carrière parce qu’on voulait vraiment cette qualification et nous étions un groupe très soudé et nous étions sur le précipice donc ce n’était pas gagné. C’était une expérience vraiment incroyable.” Elle apprécie aussi beaucoup les moments où l’équipe a joué à domicile aux côtés des amis et de la famille. Même si cela n’arrive pas aussi souvent que les joueuses le souhaiteraient, Ayim a tout de même mentionné Edmonton, où ont eu lieu le camp d’entraînement ainsi que les qualifications, qu’elle considère comme une très bonne base à domicile.

Le basketball féminin commence enfin à être reconnu et à susciter l’attention qu’il mérite depuis longtemps. Pour Canada Basketball, ce sont le temps consacré et les efforts fournis par Ayim et ses coéquipières quand les gens ne faisaient pas trop attention, qui ont permis au programme de se développer et de s’épanouir aujourd’hui.

Même si elle est contente de cette nouvelle attention, Ayim dit que le sentiment de fierté qu’elle ressent lorsqu’elle représente le Canada n’a pas d’égal. “Tout d’abord, c’est à chaque fois incroyable de pouvoir jouer pour le Canada,” a dit Ayim. “Parce qu’on joue toutes à l’étranger, c’est un peu notre travail et c’est comme ça que l’on gagne notre vie, mais jouer pour le Canada est quelque chose de plus grand que soi. Ça veut dire beaucoup de choses pour moi. Et je crois que c’est aussi le sentiment que ressentent toutes les joueuses qui rejoignent le programme et portent le maillot, et c’est ce qui fait que de ce programme une réussite.

“Je parle des joueuses qui sont arrivées bien avant moi et qui ont préparé la base,” a-t-elle continué. “Je pense souvent à ça. Chapeau à celles qui ont commencé et qui n’ont pas pu récolter les fruits de leurs efforts, ce que nous avons maintenant, en termes d’attention et d’avantages, et bien plus encore.”

Même si la reconnaissance a mis beaucoup de temps à venir. Ayim ne perd pas de temps à penser à tout ça. 

“Je pense que parfois, nous sommes très très enthousiastes et nous voulons que tout arrive tout de suite, mais ce n’est pas comme ça que le monde fonctionne même si c’est ce qu’on aimerait,” a-t-elle dit. “Je crois que nous avons cru au processus et maintenant c’est bon, tout ce que nous avons fait dans l’ombre se reflète dans nos résultats actuels.” Le plus important pour Ayim est que les valeurs fondamentales du programme restent les mêmes, peu importe ce qui se passe ou pas à l’extérieur.

“Ce qui est spécial chez Canada Basketball, c’est que la culture est un aspect très important, et j’espère que ça continuera,’ a dit Ayim. “Peu importe si c’est moi ou une de mes coéquipières ou n’importe qui qui fait les efforts, nous avons toutes la même passion, le même cran et la même détermination. Je suis très fière de la culture que nous avons construite et les gens ont remarqué ses caractéristiques et la façon dont cela a payé.”

Même si Thomaidis suit ses joueuses tout au long de l’année, en regardant leurs matches lorsque ceux-ci sont diffusés à la télé, et en envoyant des messages de groupe ainsi que des vidéos expliquant les nouveaux systèmes ou schémas tactiques, elle aussi, aimerait que l’Équipe Nationale Senior Féminine ait l’opportunité de jouer plus de matches au Canada. Lorsqu’on lui parle du leadership d’Ayim, elle dit qu’elle souhaiterait que les jeunes athlètes puissent la voir jouer au Canada et en apprendre plus sur elle.

“Je pense que [Miranda] mène en montrant l’exemple,” a dit Thomaidis. “Elle illustre exactement ce à quoi une joueuse de l’Équipe Nationale Canadienne de Basketball Féminin peut ressembler. On peut être une joueuse élite de basketball très performante mais on peut aussi être un être humain avec des intérêts qui ne sont pas liés au basket. Cela n’est pas forcément mutuellement exclusif. C’est le genre de personne qui dit à ses coéquipières, ‘Dis-moi ce que tu veux que je fasse et je le ferai du mieux possible.’ C’est vraiment une grande leader pour nos jeunes athlètes.”

Bien que son rôle avec Équipe Canada dans le programme ait évolué au cours du temps, la présence d’Ayim n’a jamais été aussi importante. Que ce soit sur le terrain, sur le banc ou bien dans les vestiaires, son tempérament calme et son éthique de travail exemplaire ont aidé à guider l’équipe d’une manière qui ne peut pas s’afficher sur la feuille de match.

“Les actes en disent plus long que les paroles,” a dit Thomaidis. “Les meilleures font tout leur possible pour faire de leur mieux. Elles recherchent l’excellence. Rien d’autre n’est acceptable. Elles prennent toutes les informations que notre équipe donne en termes de nutrition, de préparation physique et de préparation mentale. Elles cherchent toujours à en savoir plus et à comprendre ce que cela signifie. C’est un très bon exemple par rapport à ça.”

Son implication est devenue de plus en plus importante. Avec des espoirs et des rêves qui vont au-delà du basketball lorsque sa carrière de joueuse sera terminée, Ayim est devenue une lève-tôt, et elle se lève avant 7 heures tous les matins pour que tout rentre dans son emploi du temps. Elle lit et écrit beaucoup, et a notamment écrit un blogue pour raconter son expérience en France. Ayim a aussi reçu son certificat d’Entraîneur Bien-Être un peu plus tôt dans l’année lorsqu’elle attendait de revenir en France.

Même si elle peut apercevoir la fin de sa carrière de joueuse de basket à l’horizon, elle est déterminée à profiter de chaque instant d’ici là.

“Je suis contente que Lisa m’ait gardé pendant si longtemps,” a dit Ayim. “Je suis heureuse de faire partie du programme et de donner tout ce que j’ai et de revenir chaque été, de continuer à travailler et de trouver des nouvelles choses à ajouter au programme.”

Avoir Ayim au sein du programme depuis plus de 180 matches est un honneur pour Thomaidis puisqu’Ayim représente tellement la culture que l’Équipe Nationale Senior Féminine a construit ces dix dernières années. “C’est un soldat humble,” a dit Thomaidis. “C’est un exemple des joueuses qu’on a dans notre équipe et c’est une super personne. On ne peut pas en dire assez sur elle en tant qu’individu mais c’est aussi un soldat très humble. Elle est très compétitive mais aujourd’hui, elle a aussi beaucoup d’humilité, c’est impressionnant.”

Ayim dit qu’elle n’aspire pas à devenir entraîneure, mais il est évident que travailler avec des jeunes athlètes et aider les gens à trouver leur passion et atteindre leurs buts est une priorité pour elle. Dans son rôle d’ancienne et de capitaine d’équipe, elle dit que l’une des choses les plus gratifiantes est de voir non seulement à quel point le programme a évolué, mais aussi la façon dont ses jeunes coéquipières se développent et progressent.

En France pour sa cinquième saison avec Basket Landes, Ayim est très contente d’avoir trouvé une deuxième maison. Elle a aussi hâte de rejoindre ses coéquipières d’Équipe Canada à chaque fois qu’elle en a la chance et quand le programme reviendra à la normale. Pour l’instant, elle occupe ses matinées avec du développement personnel et elle passe le reste de ses journées avec Basket Landes. 

“Je suis un type de personne très introspective,” dit-elle. “J’aime bien étudier, que ce soit le jeu ou bien le côté mental du jeu, j’aime bien apprendre. J’aime beaucoup glaner des leçons à chaque fois que j’en ai l’occasion. Parfois, j’ai besoin de plus de temps pour apprendre une leçon mais il faut bien passer par là.”

Cette approche a donné de l’écho à la voix d’Ayim, peu importe la pièce où elle se trouve, que ce soit en personne ou dans un appel Zoom. Et quant à l’impact de l’influence d’Ayim, Thomaidis ne peut pas s’empêcher de rire quand elle évoque la joueuse qui a 15 ans d’expérience avec l’Équipe Nationale. Elle nous garde en alerte,” dit-elle.