TORONTO — Pendant des années, la montée du Canada dans le monde du basketball s’est mesurée par les joueuses qu’il plaçait sur le terrain.
Cette saison, la croissance du sport pourrait être tout aussi visible quelques pieds derrière les lignes de touche.
Au moment où la saison de la WNBA s’amorce, quatre Canadiennes et Canadiens entameront l’année comme entraîneur(e)s adjoint(e)s à travers la ligue — un moment marquant pour un pays dont l’influence dans le basketball féminin a historiquement été associée à ses athlètes.
Natalie Achonwa avec le Storm de Seattle.
Carly Clarke avec le Tempo de Toronto.
Danielle Boiago et Sefu Bernard avec les Wings de Portland.
Trois d’entre eux en seront à leur première saison comme entraîneur(e)s adjoint(e)s dans la ligue. Le quatrième contribue depuis plus d’une décennie à façonner les parcours qui ont permis de rendre ce moment possible.
Ensemble, leur présence représente bien plus qu’un accomplissement individuel. Elle témoigne d’une évolution plus large au sein de Canada Basketball — une réalité où le pays développe non seulement des athlètes d’élite, mais de plus en plus d’entraîneur(e)s capables de diriger au plus haut niveau du basketball féminin.
Le moment n’a rien d’un hasard.
Le succès international du Canada s’est rapidement accru, porté par des bassins de talent plus profonds, un développement national renforcé et des occasions professionnelles grandissantes pour les femmes dans le sport. Moins visible toutefois, une croissance parallèle s’est aussi opérée du côté des entraîneur(e)s — dans les universités, les équipes nationales, les systèmes de développement professionnel et les ligues émergentes comme la LECB.
Aujourd’hui, cette fondation commence à se faire sentir dans la WNBA.
Pour Achonwa, la transition s’est faite rapidement.
Quadruple olympienne et détentrice du record canadien du plus grand nombre de participations olympiques en basketball, Achonwa a pris sa retraite de la compétition internationale avant de se tourner immédiatement vers le coaching. Elle a passé les deux dernières saisons avec l’équipe féminine des Wolverines de l’Université du Michigan avant de rejoindre le personnel du Storm cette saison. L’été dernier, elle a également occupé un poste d’entraîneure adjointe avec l’équipe nationale féminine U19 du Canada, contribuant à une quatrième place à la Coupe du monde féminine U19 de la FIBA.
« Honnêtement, je suis extrêmement honorée d’être ici », a déclaré Achonwa. « Au début du processus d’embauche, j’avais certains doutes, à savoir : “Pourquoi moi?” ou “Suis-je prête?” Mais dès mon arrivée à Seattle, j’ai ressenti énormément de confiance et d’encouragement envers moi comme entraîneure. »
Cette transition, de pierre angulaire de l’équipe nationale à entraîneure professionnelle, reflète une tendance grandissante dans le basketball canadien : celle de voir des athlètes de haut niveau demeurer dans le sport afin d’aider à façonner la prochaine génération.
Achonwa attribue une grande partie de sa capacité à traverser cette transition aux relations qu’elle a bâties tout au long de sa carrière de joueuse.
« Ma réputation de personne persévérante, engagée envers sa progression et extrêmement travaillante parlait pour moi dans certaines pièces avant même que j’y entre. Je suis tellement reconnaissante d’avoir construit des relations tout au long de ma carrière qui m’ont guidée, soutenue et défendue pour m’aider à être où je suis aujourd’hui. »
Le parcours de Clarke vers la ligue a suivi une trajectoire différente, mais avec un bagage tout aussi impressionnant.
Considérée depuis longtemps comme l’une des meilleures entraîneures du pays, Clarke demeure la seule entraîneure-chef canadienne à avoir remporté deux médailles à la Coupe du monde U19, décrochant le bronze avec le Canada à deux reprises. Au niveau universitaire, elle a mené les Bold de TMU à un championnat national U SPORTS et à plusieurs titres de conférence, tout en occupant également un rôle d’entraîneure adjointe avec le Canada aux Jeux olympiques de Tokyo et de Paris.
Elle devient maintenant partie prenante d’une autre première — en rejoignant le personnel d’entraîneur(e)s de la toute première franchise canadienne de la WNBA à Toronto.
« C’est extrêmement excitant », a déclaré Clarke. « C’est un véritable honneur d’être la première entraîneure canadienne avec la première équipe canadienne de la WNBA. »
Bien que leurs parcours soient différents, Clarke et Achonwa ont toutes deux souligné quelque chose de plus grand en train de prendre forme autour d’elles : une communauté canadienne d’entraîneur(e)s qui est devenue plus forte, plus profonde et plus connectée au fil des années.
« C’est vraiment excitant de voir d’autres Canadiennes et Canadiens entrer dans la ligue comme entraîneur(e)s en même temps », a ajouté Clarke. « Nous avons vu plusieurs de nos joueuses arriver dans la ligue et connaître du succès, et ce nombre continue de croître. C’est formidable de voir que la force de notre bassin d’entraîneur(e)s canadien(ne)s est également reconnue. »
L’arrivée de Boiago à Portland représente une autre branche de cet arbre de développement. Une branche façonnée par le basketball universitaire canadien, les nouvelles occasions professionnelles et des années passées à gravir les échelons du coaching.
Ancienne athlète des Jeux du Commonwealth et joueuse de l’année U SPORTS, Boiago a contribué à guider les Marauders de McMaster vers leur premier championnat national avant de faire le saut dans le basketball professionnel avec le Hustle de Memphis, club affilié à la NBA G League.
« C’est incroyable de voir que nous, Canadiennes et Canadiens qui entraînons actuellement dans la WNBA, avons tous emprunté des chemins différents pour nous rendre ici », a déclaré Boiago.
« Pour ma part, je peux dire avec confiance que je ne serais pas dans cette position sans l’occasion que Victor Raso m’a offerte d’entraîner dans la LECB. Par la suite, mon passage dans la NBA G League m’a appris à travailler sans relâche.
« Ces années m’ont préparée pour ce moment. »
Ses propos illustrent l’élargissement des parcours désormais accessibles aux entraîneur(e)s canadien(ne)s — des parcours qui n’existaient pas toujours au niveau professionnel, particulièrement pour les femmes.
« Regarder à travers la ligue et voir le nombre d’équipes qui comptent soit une joueuse canadienne, soit un membre du personnel canadien, c’est énorme », a ajouté Boiago. « J’espère sincèrement que toute personne qui partage un rêve semblable au nôtre pourra désormais croire que c’est possible. »
Achonwa partage ce sentiment.
« Bonjour la représentation! », a-t-elle lancé. « Il existe tellement de façons d’être impliqué dans le sport, et j’aime voir comment nous continuons à démontrer qu’il y a une place pour les Canadiennes et Canadiens au plus haut niveau. »
Et même si cette saison représente une percée importante pour une nouvelle vague de Canadiennes intégrant les personnels d’entraîneur(e)s de la WNBA, elle reflète également le travail de celles et ceux qui bâtissent dans la ligue depuis bien avant que les projecteurs ne s’y tournent.
Le parcours de Bernard s’étend sur plus de deux décennies en développement et opérations basketball, notamment avec les Mystics de Washington, le Lynx du Minnesota, les Raptors de Toronto et le système de haute performance de Canada Basketball.
Son impact s’est également fait sentir personnellement auprès de plusieurs générations de joueuses et d’entraîneur(e)s canadien(ne)s.
« Pendant que je jouais encore, j’adorais toujours affronter Washington, ce qui m’a permis de rapidement créer un lien avec Sefu », a déclaré Achonwa. « Voir un visage familier et quelqu’un que j’ai connu comme entraîneur m’a rappelé la maison et le chemin parcouru. »
Clarke a partagé un sentiment similaire.
« Sefu est un Canadien présent dans la ligue depuis longtemps et quelqu’un avec qui j’ai pu connecter et apprendre au fil des années », a déclaré Clarke. « Il a toujours été ouvert à partager ses expériences et à créer des liens pour m’aider à progresser, donc c’est un honneur de le rejoindre dans la ligue. »
À bien des égards, Bernard représente le lien entre les générations — des premières structures de développement de Canada Basketball jusqu’à l’actuelle vague d’entraîneur(e)s canadien(ne)s qui atteignent la WNBA.
Ensemble, les quatre entraîneur(e)s illustrent une transformation plus large dans la façon dont le basketball canadien contribue au sport à l’échelle mondiale.
Pendant des années, la croissance du basketball canadien se mesurait par les joueuses et joueurs qui atteignaient la ligue.
Désormais, elle se mesurera aussi de plus en plus sur les lignes de côté.